Ce que les comparateurs automatiques ne voient pas
Un comparateur en ligne classe des offres publiées à partir de quelques données saisies. C'est utile pour un petit site aux usages simples. Pour la plupart des entreprises, il manque l'essentiel :
- Les prix sur mesure. Pour les sites moyens (plus de 36 kVA) et grands (haute tension), les fournisseurs établissent souvent leur prix à partir de la consommation réelle et de la date de démarrage : ces prix ne figurent dans aucun catalogue.
- Le moment. Un prix fixe dépend du marché le jour où le fournisseur achète l'énergie. Deux offres demandées à deux semaines d'écart ne sont pas comparables si le marché a bougé.
- Les conditions. Durée, révision du prix, frais de sortie, facturation : ce qui ne tient pas dans un tableau de classement.
Le médiateur national de l'énergie propose un comparateur officiel, gratuit et indépendant des fournisseurs. La loi (article L. 122-3 du code de l'énergie) le limite aux sites de 36 kVA ou moins en électricité et de moins de 300 000 kWh par an en gaz, professionnels compris. Au-delà, ou pour plusieurs sites, le médiateur renvoie lui-même vers des offres sur mesure, à demander aux fournisseurs.
Règle n° 1 : comparer sur la même base
Avant de demander des offres, fixez un cahier des charges unique et envoyez-le à chaque fournisseur :
- La consommation : vos kWh des douze derniers mois, par période horaire s'il y en a plusieurs (sur vos factures ou auprès du gestionnaire de réseau).
- Le site : numéro PDL (ou PCE en gaz), puissance souscrite, option tarifaire (ou option T1 à T4 en gaz).
- La date de début : en général le lendemain de l'échéance de votre contrat actuel.
- La durée : 1, 2 ou 3 ans, la même pour toutes les offres.
- Le type de prix : fixe, fixe hors acheminement, indexé (les types de contrats).
- Le périmètre : ce que le prix doit inclure (capacité, certificats d'économies d'énergie, garanties d'origine).
Demandez des offres valables à la même date, et une réponse écrite de chaque fournisseur : une offre orale ne se compare pas.
Règle n° 2 : comparer le coût annuel, pas le prix du kWh
Le coût annuel d'une offre se calcule en additionnant ce qui varie d'un fournisseur à l'autre : l'énergie (kWh consommés × prix), l'abonnement de fourniture et les briques facturées à part (capacité, CEE, garanties d'origine). L'acheminement, la CTA et l'accise sont les mêmes chez tous les fournisseurs : ils ne changent pas le classement, mais ils comptent dans votre budget.
- Offre A : énergie à 130 €/MWh, capacité et CEE inclus (400 × 130)
- 52 000 €
- Offre A : abonnement de 40 € par mois (12 × 40)
- 480 €
- Offre A : coût annuel hors acheminement et taxes
- 52 480 € HT
- Offre B : énergie à 124 €/MWh hors capacité et CEE (400 × 124)
- 49 600 €
- Offre B : capacité 4 €/MWh et CEE 6 €/MWh facturés à part (400 × 10)
- 4 000 €
- Offre B : abonnement de 25 € par mois (12 × 25)
- 300 €
- Offre B : coût annuel hors acheminement et taxes
- 53 900 € HT
Prix fictifs, choisis pour montrer la méthode : ce ne sont pas des prix de marché. L'offre B affiche le kWh le moins cher, mais coûte 1 420 € HT de plus par an.
Règle n° 3 : regarder au-delà du prix
| Critère | La question à poser |
|---|---|
| Révision du prix | Qu'est-ce qui peut faire bouger le prix pendant le contrat, en dehors des taxes et du réseau ? |
| Indice | Pour une offre indexée : quel indice, quelle formule, quelle fréquence ? |
| Frais de sortie | Comment sont-ils calculés en cas de résiliation avant l'échéance ? |
| Renouvellement | Que se passe-t-il à l'échéance si je ne fais rien ? |
| Facturation | Index réels ou estimés ? Une facture par site ou regroupée ? |
| Origine | Offre « verte » : quelles garanties d'origine, de quel pays ? |
Pour une entreprise de moins de 50 personnes et de moins de 10 M€, des frais de résiliation ne sont possibles que pour un contrat à prix fixe et à durée déterminée, dans la limite de la perte économique directe du fournisseur. Au-delà, c'est le contrat qui fixe la règle (changer de fournisseur).
Règle n° 4 : garder un point de comparaison
Trois références permettent de juger une offre :
- Votre contrat actuel, recalculé sur la même consommation : c'est le prix à battre, en tenant compte d'éventuels frais de sortie.
- Le tarif réglementé, si votre entreprise y a droit (moins de 10 personnes et au plus 2 M€ de chiffre d'affaires, de recettes ou de total de bilan, quelle que soit la puissance) : il se quitte sans frais (conditions).
- Le marché de gros, pour savoir si le moment est favorable : prix spot moyen de 61 €/MWh en 2025 selon RTE, contre 275,9 €/MWh en 2022 (repères datés).
Le comparateur du médiateur, en pratique
Pour un site de 36 kVA ou moins en électricité, ou de moins de 300 000 kWh par an en gaz, le comparateur du médiateur national de l'énergie est un bon point de départ. Il a une entrée « Professionnel » et intègre les offres au tarif réglementé. Selon sa notice :
- il « inclut toutes les offres des fournisseurs référencés, à l'exception des offres à tarification dynamique » ;
- le référencement est gratuit, et le médiateur « n'a ni relation contractuelle ni liens capitalistiques avec les fournisseurs référencés et ne perçoit aucune rémunération de leur part » ;
- les offres se classent au choix par coût estimé la première année, avec ou sans promotion, par fournisseur ou par part d'énergie verte.
Regardez le coût hors promotion : une remise de première année ne dit rien du prix des années suivantes. Et gardez la même base pour toutes les offres, comme pour une consultation sur mesure.
Comparer une offre de gaz
La méthode est la même qu'en électricité, avec les données propres au gaz :
- le numéro PCE du site et son option d'acheminement (T1 à T4), qui dépend de la consommation annuelle ;
- la consommation des douze derniers mois, en kWh ou en MWh ;
- le type de prix : fixe, ou indexé sur un indice du marché de gros, dont le nom et la formule doivent être écrits.
La distribution (ATRD), la CTA et l'accise sur le gaz sont les mêmes chez tous les fournisseurs : la comparaison porte sur le prix de la molécule, l'abonnement de fourniture et les conditions du contrat. Les montants régulés de 2026 sont dans notre guide du prix du gaz professionnel.
Comparateur ou courtier ?
Un comparateur classe ce qui est publié. Un courtier demande des offres aux fournisseurs sur votre cahier des charges, les compare sur la même base et vous accompagne jusqu'à la signature. Pour une entreprise qui a plusieurs sites, une forte consommation ou une échéance proche, cette consultation fait la différence (rôle du courtier).
C'est ce que nous faisons : à partir de votre facture, nous vous disons ce qui est négociable, nous consultons les fournisseurs et nous vous présentons les offres côte à côte. Si votre contrat actuel est déjà le meilleur, nous vous le disons.